De Yachine à Ronaldo en passant par Zoff et Müller: 15 stars pour 15 Euros (vidéos)

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De l’« Araignée noire » Lev Yachine, vainqueur de la première édition avec l’URSS en 1960, à Cristiano Ronaldo, guide du Portugal en 2016, l’Euro a consacré des grandes stars en ses quinze éditions.

1960 : l’araignée Yachine

Tout de noir vêtu, dribblant à la main comme un basketteur dans sa surface, le Soviétique Lev Yachine reste la légende des gardiens de but. Impressionnant en demi-finale au stade Vélodrome de Marseille face aux Tchécoslovaques (3-0), l’« Araignée Noire » du Dynamo Moscou ne s’incline qu’une fois, en finale, sur une subtile déviation de Milan Galic (URSS-Yougoslavie : 2-1 a.p.). Il pare plusieurs coups francs de Borivoje Kostic. Ce n’est pourtant pas cette année que Yachine remporte le seul Ballon d’Or décerné à un gardien, mais en 1963. Mais l’homme aux 150 penalties arrêtés, et aux 270 matches sans encaisser de but (sur 813 joués) a bâti à l’Euro sa réputation internationale.

1964 : l’architecte Luis Suarez

Surnommé « le grand architecte du football mondial » par Alfredo Di Stefano, le Ballon d’Or 1960 Luis Suarez, star de l’Inter Milan, ordonne le jeu de l’Espagne. Véritable étoile au milieu de joueurs plus frustres, il offre les deux passes décisives en finale contre l’URSS (2-1) à Jesus Mari Pereda et Marcelino Martinez, qui trompent Lev Yachine. « Nous jouions comme une équipe, et ce travail collectif a été la clef de notre succès », raconte Luis Suarez, cité dans « La grande histoire de l’Euro de foot » de Pierre Dubourg (Librio, 2021). Très complet, il était capable de récupérer la balle en défense et de l’amener devant, par des longues passes, ou de marquer grâce à sa grosse frappe de balle (391 buts en 721 matches). Longtemps considéré comme le meilleur joueur espagnol, avec Alfredo Di Stefano, avant l’avènement de la génération Xavi-Iniesta.

1968 : « Super » Dino Zoff

La star est encore un gardien, Dino Zoff, qui écœure les attaquants yougoslaves lors de la première finale (1-1), rejouée deux jours plus tard et remportée par l’Italie. S’il ne peut rien sur le but de Dragan Djazic, il arrête tout le reste et maintient à flots une « Nazionale » dominée… qui finit par égaliser contre le cours du jeu, par Angelo Dominghini. La finale est rejouée deux jours plus tard, et Zoff, alors à Naples, décourage encore les attaquants. Déjà en demi-finale, il avait été un des acteurs majeurs du 0-0 contre l’URSS qui envoya l’Italie en finale… par tirage au sort effectué dans les vestiaires. Les « Azzurri » ont remporté l’Euro en s’appuyant sur leurs points forts traditionnels : grâce à une défense solide et un grand gardien, champion du monde 12 ans plus tard en 1982 à 40 ans.

1972 : le renard Müller

Gerd Müller, 10 buts au Mondial-1970 (demi-finaliste), poursuit durant cet Euro l’écriture de sa légende (68 buts en 62 sélections). Avec un doublé en demi-finale contre la Belgique, à Anvers (2-1), un autre en finale contre l’URSS (3-0), « Der Bomber » termine largement meilleur buteur de la compétition. Le petit attaquant trapu avait déjà signé six buts en poules de qualifications, et un but à Wembley en quart de finale (3-1/0-0). Le buteur du Bayern Munich a sorti toute sa palette de buteur sur ces deux matches : une tête et un pointu de renard (bien dans son style) contre les Diables Rouges, un but d’opportuniste après un renvoi du gardien et la finition sur une magnifique action à trois avec Jupp Heinckes et Hans-Georg Schwarzenbeck contre les Soviétiques. Un récital.

1976 : le geste fou de Panenka

Peu de joueurs ont l’honneur de devenir un nom commun. Comme l’Espagnol Rafael « Pichichi » Moreno (meilleur buteur) ou l’Algérien Rabah « Madjer » (pour les buts en talonnade), le Tchécoslovaque Antonin Panenka a laissé son patronyme à un geste : le penalty tiré en louche plein centre pendant que le gardien plonge d’un côté ou de l’autre. Le joueur des Bohemians Prague s’était beaucoup entraîné à cet exercice, et le sélectionneur Vaclav Jezek avait aussi organisé une séance avec des milliers de spectateurs auxquels il avait demandé de faire un maximum de bruit pour préparer ses tireurs à la pression. Grâce à ce tir au but, Panenka s’offre l’éternité, et offre à la Tchécoslovaquie son seul titre international, elle qui a perdu les finales de Coupes du monde en 1934 et 1962.

1980 : le poulain Rummenigge

Le meilleur joueur allemand de l’Euro-1980, Karl-Heinz Rummenigge, incarne la relève de la génération Franz Beckenbauer/Gerd Müller, avec Bernd Schuster et Klaus Allofs, auteur d’un triplé contre les Pays-Bas (3-2). La grande RFA des années 1970 est sur le déclin, après un Mondial-1978 piteux, avec une seule victoire et trois 0-0. D’abord dribbleur, « Kalle » enrichi sa partition en devenant buteur du Bayern Munich et de la Mannschaft. Il ne signe qu’un but à l’Euro, lors du premier match pour la revanche contre la Tchécoslovaquie (1-0), mais botte le corner décisif pour le doublé de Horst Hrubesch à la fin de la finale contre la Belgique (2-1) et finit Ballon d’Or 1980 et 1981.

1984 : le sacre de Platini

Aucun joueur n’a survolé un Euro comme Michel Platini celui organisé en France. Avec 9 buts en cinq matches, il a placé très haut le record sur une édition. Buteur au premier match contre le Danemark (1-0), « Platoche » claque ensuite deux triplés, contre la Belgique (5-0), et un coup du chapeau parfait contre la Yougoslavie (3-2) : trois buts d’affilée en une mi-temps, l’un du gauche, l’un de la tête, le dernier du droit, sur coup franc direct. Il marque le but décisif en demies contre le Portugal (3-2 a.p.), d’une feinte géniale qui embarque deux défenseurs et le gardien, et enfin ouvre le score en finale contre l’Espagne (2-0) avec la complicité involontaire du goal Luis Arconada, qui laisse filer la balle sous son ventre. Au sommet de son art, Platini rafle trois Ballons d’or de rang (1983, 1984, 1985).

1988 : la volée de Van Basten

C’est probablement le but le plus célèbre de l’histoire de l’Euro, la divine volée de Marco Van Basten pour tromper Rinat Dassaev et assommer l’URSS (2-0) en finale. S’il commence la compétition sur le banc, gêné par une cheville douloureuse, il porte ensuite les Oranje jusqu’à leur seul titre international, avec ses compatriotes de l’AC Milan Ruud Gullit et Frank Rijkaard. Sa mise à feu date du triplé contre l’Angleterre (3-1) au deuxième match, avec un amour de crochet derrière la jambe d’appui sur le premier. Contre la RFA en demies (2-1), il marque le but vainqueur d’un tacle glissé à deux minutes de la fin du match, jusqu’à son bijou à angle fermé en finale. Il écrase le classement du Ballon d’Or cette année-là, et remporte encore ce trophée en 1989 et 1992.

1992 : « Terminator » Schmeichel

Invité de dernière minute après la mise à l’écart de la Yougoslavie en guerre, le Danemark va causer la première immense surprise de l’Euro en s’imposant. L’immense gardien Peter Schmeichel est un des composants essentiels de la « Danish Dynamite ». Avec son impressionnante carrure et sa grosse voix, mais surtout par ses prodigieux arrêts, « Terminator » Schmeichel va grandement contribuer au triomphe danois. Le goal de Manchester United repousse notamment le tir au but du meilleur joueur du monde, Marco Van Basten, dans la séance des tirs au but en demi-finale (2-2, 5-4 t.a.b.), et claque une tête plongeante de Jürgen Klinsmann sous la barre en finale, gagnée contre l’Allemagne (2-0).

1996 : Bierhoff, meilleur remplaçant d’Europe

Le héros surgit à la fin. Oliver Bierhoff est le dernier dans la hiérarchie des attaquants de l’Allemagne au coup d’envoi de l’Euro, loin derrière Klinsmann, Fredi Bobic ou Stefan Kuntz. Le buteur de l’Udinese n’est titulaire qu’au deuxième match de poule contre la Russie (3-0), sans marquer, joue les huit dernières minutes du premier contre la République tchèque (2-0), mais ne participe ni au troisième match de poules, ni au quart, ni à la demie. Mais pour la finale contre les Tchèques, Berti Vogts n’a plus le choix que parmi 13 joueurs, entre blessures (Mario Basler, Bobic, Steffen Freund…) et suspensions (Andreas Möller…). Bierhoff entre en jeu à la 69e minute à la place de Mehmet Scholl, et quatre minutes plus tard il égalise de la tête, et signe ensuite le but en or de son mauvais pied, le gauche, après un contrôle de balle dos au but !

2000 : « Zizou » au sommet

Ballon d’Or et champion du monde 1998, Zinédine Zidane est au sommet de son art en 2000. Le N.10 transcende les Bleus jusqu’à la victoire finale, au but en or contre l’Italie (2-1 b.e.o.). « Zizou » est sublime en chef d’orchestre, danse en dribblant et régale la planète entière de sa subtile conduite de balle. Le jeu tourne autour de lui, au service d’un compartiment offensif délirant : Christophe Dugarry, Youri Djorkaeff, Thierry Henry, David Trezeguet, Sylvain Wiltord, Nicolas Anelka… En quart de finale, il marque un coup franc délicieux face à l’Espagne (2-1) et transforme avec des nerfs d’acier le penalty qui abat les Portugais à la toute fin de la prolongation en demies (2-1 b.e.o.) après la fameuse main d’Abel Xavier. En finale, il est bien gardé par le milieu et la défense italiens qu’il côtoie à la Juventus, mais la France s’impose. Un malencontreux « coup de boule » avec la Juve contre Hambourg, à l’automne, lui coûte probablement le Ballon d’or, attribué à Figo.

2004 : la cigale Charisteas

Un peu comme Toto Schillaci meilleur buteur du Mondial-1990, Angelos Charisteas n’a chanté qu’un été, mais lui a terminé avec le titre suprême, aidant la Grèce à remporter l’Euro-2004, la plus grande surprise de l’histoire de la compétition avec le Danemark en 1992. Deux puissants coups de tête le font entrer dans la légende du foot, contre la France (1-0) en quarts et surtout en finale pour faire pleurer le Portugal (1-0) à Lisbonne. Il avait aussi marqué contre l’Espagne (1-1) en poules, d’un tir croisé, cette fois. Puis Charisteas a repris le cours de sa modeste carrière, entre l’Aris Salonique, le Werder Brême, l’Ajax Amsterdam ou Arles-Avignon. « Même dans 50 ans tout le monde se souviendra que j’ai marqué le but qui a sacré la Grèce championne d’Europe », se console-t-il. « Nous avons écrit l’histoire, et ma vie a changé ».

2008 : le métronome Xavi

Luis Aragones rompt avec la tradition de la « Furia Roja » et de son sens du combat pour imposer un jeu plus chatoyant, appuyé sur les esthètes du Barça, à commencer par Xavi, meneur de jeu de cette Espagne à nouveau championne d’Europe, 44 ans après son premier titre. Il ne signe qu’un seul but pendant le tournoi, l’ouverture du score en demi-finale contre la Russie (3-0) en relais avec Iniesta, son partenaire du Barça, mais son influence se ressent surtout sur le rythme du jeu, que ce gabarit modeste (1,70 m, 78 kg) dicte à son équipe, comme à son adversaire. Il termine en apothéose sur une merveilleuse passe en profondeur pour le but de Fernando Torres en finale contre l’Allemagne (1-0).

2012 : Iniesta, chevalier pâle

Comme Xavi quatre ans plus tôt, Iniesta éclabousse l’Euro de sa classe, dans un rôle similaire, même si le « cavalier pâle » est un peu plus dribbleur, un peu plus percutant. On le surnomme d’ailleurs l’accélérateur de particules en Espagne pour sa propension à créer des déséquilibres qui profitent à la Roja. Le buteur de la finale du Mondial-2010 (Espagne-Pays-Bas, 1-0 a.p.) ne marque pas pendant l’Euro et n’offre qu’une passe décisive, splendide, pour Jesus Navas contre la Croatie (1-0), mais marque son tir au but en demie contre le Portugal (0-0, 4-2 t.a.b.). Il marque surtout le tournoi de son empreinte.

2016 : la consécration de Cristiano Ronaldo

En larmes à 19 ans après la finale perdue à Lisbonne contre la Grèce, malheureux au cours des Euros suivants, totalement déconfit et frustré de ne même pas pouvoir exécuter son tir au but en demi-finale quatre ans plus tôt, l’Espagne s’étant imposée avant, Cristiano Ronaldo semblait quitter encore une fois le tournoi en larmes, quand il doit abandonner sur blessure en finale contre les Bleus. Mais ses dernières larmes seront de bonheur : l’influence du capitaine est telle qu’il galvanise encore ses équipiers depuis la touche et que le Portugal remporte enfin son premier titre (1-0 a.p.). « CR7 » y a largement contribué. S’il a raté un penalty contre l’Autriche (0-0), il signe un doublé contre la Hongrie (3-3) et l’ouverture du score en demi-finale contre le pays de Galles (2-0). Il finit avec le trophée Henri-Delaunay, et le quatrième de ses cinq Ballons d’Or.

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